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Dernière mise à jour : 13/06/2010

Présentation

Se mettre à hauteur ou à niveau. Voilà qui pourrait bien faire penser à une évolution matérielle, logicielle ou pourquoi pas humaine. Parce que vous le savez comme moi, qui n'avance pas recule. Et une machine qui n'est pas à la hauteur est dépassée. J'entend des actionnaires parler ainsi de certains employés. Mais ce n'est pas tout à fait de ça dont il s'agit ici. Je veux en effet parler de la faculté de se mettre à la hauteur de ses élèves ou de ses enfants.

Se mettre à hauteur de ses élèves

Cela signifie deux choses pour moi :
- se mettre à la place de l'élève pour comprendre ce qu'il n'a pas compris ou ce qu'il cherche à savoir;
- réussir à expliquer avec le même "langage" que celui utilisé par l'élève pour poser la question, pour donner à notre réponse plus de chance d'être comprise. Savoir parler avec ses mots et non avec les siens, en quelque sorte.
C'est un exercice parfois un peu difficile, mais il est bien rare de ne pas y parvenir. Mes élèves sont parfois plus âgés que moi, mais dans le fond il me semble que l'âge ne change pas grand chose. Un élève qui sent qu'on s'intéresse à son problème a bien plus de chance de comprendre ce qu'on va lui répondre. Comme s'il sentait qu'on faisait tout pour ne pas le laisser dans l'embarras, et qu'il redoublait d'effort pour nous entendre à son tour. Le plus dur dans l'affaire n'est pas de mettre son ou ses interlocuteurs à l'aise, on y arrive assez vite (il suffit d'ammener des croissants ou une plaisanterie au moment de l'accueil, et le tour est joué). Non, le plus dur est d'admettre qu'au fil des ans, les sujets de base s'éloignent de notre esprit et laissent placent aux sujets plus évolués. Et plus le temps passe, plus les choses compliquées deviennent simples. Il me semble qu'on peut faire l'analogie avec la boite de vitesse et la pédale d'embrayage d'une voiture. Au début de l'apprentissage de la conduite, on attache une grande importance à ces "objets" car leur bonne manutention conditionne la qualité de la conduite. Si on les manipule mal, on a droit à des soubressauts. Et après quelques années de conduite on les manipule de façon mécanique, sans y réfléchir plus que ça. Que l'on conduise bien ou moins bien, d'ailleurs ! Avec l'électronique ou tout autre sujet technique, c'est un peu la même chose. On a facilement tendance à oublier les difficultés éprouvées à nos débuts. Heureusement que de temps en temps un élève me demande "dans quel sens brancher une résistance". Ca me remet parfois sur les rails de ce qu'on appelle les "bases de la simplicité"... Quand les gens me sollicitent, j'entend un nombre incalculable de fois une question qui commence ainsi "Excusez-moi si ma question vous paraît idiote ou basique, mais...". Je ne vois pas comment une question peut paraître idiote ou basique. Si on la pose, c'est qu'on veut en savoir plus, et la recherche du perfectionnement est loin d'être idiot. Comment un enfant pourrait-il devenir un adulte s'il ne posait aucune question ? Comment un professionnel pourrait-il devenir amateur (ou inversement) s'il ne se remettait jamais en cause ? Posez vos questions, posez encore des questions, et demandez ce que vous voulez savoir. Jusqu'à plus soif. Si untel ne peut y répondre, allez demander à quelqu'un d'autre. Ce n'est pas plus compliqué que ça.

Se mettre à hauteur de ses enfants

Là, c'est un peu différent, puisqu'il s'agit d'une mise à niveau "morale" mais aussi physique.
- S'accroupir en se brossant les dents pour que l'enfant qui apprend tout juste comment faire voit mieux comment l'adulte s'y prend.
- Se mettre à genoux pour accrocher son blouson sur le porte-manteau situé à porté de main... de l'adulte.
- Manger en s'assayant sur une table pour avoir une idée du ressenti d'un enfant assis avec les pieds qui ne touchent pas le sol.
Ce ne sont là que quelques exercices simples qui nous en disent beaucoup sur ces petites choses qui freinent l'apprentissage de nos petits. Car vous l'avez sans doute remarqué comme moi, les enfants aiment faire beaucoup de choses de leurs propres mains. Des fois pour nous faire plaisir, mais avant tout parce que cela fait partie de l'apprentissage nécessaire à leur croissance intellectuelle et manuelle. Je me dis tout les jours que j'ai encore des tas de choses à apprendre, et pourtant je sais déjà marcher, lire, parler et écrire. Je sais assembler des composants électroniques sur un circuit imprimé. Je sais faire la vaisselle et repasser le linge (et je suis déjà marié). Je ne me souviens pas de ce que j'ai ressenti tout petit, découvrant qu'on pouvait se déplacer debout sur ses jambes ou tenir des objets avec ses petits doigts. Mais en revanche, je peut lire le plaisir que cela procure sur le visage de mes enfants quand il font les mêmes découvertes. Alors mettons-nous un peu à leur place, et :
- allongeons-nous quelques instants par terre sur le dos, avec notre téléphone portable à une distance suffisante pour ne pas pouvoir l'attrapper quand il sonne. Ca va, pas trop frustré ?
- installons-nous tranquilement sur notre siège de voiture, attachons notre ceinture et attendons une heure dans cette position, voiture arrêtée et sans aucune autre occupation pour distraire nos petits doigts qu'un jeu de cartes. Ca va, pas trop lassé ? Ca ne vous rappelle rien ?
- si vous êtes un peu bricoleur, essayez de vous faire une petite cabane avec des barreaux de bois aussi haut que vous, sur une superficie de quelques mètres carrés. Puis restez-y une petite heure avec deux ou trois jouets de votre choix (jeu électronique, livre ou rubicube). Ca va, pas trop envie de prendre l'air ?
Et oui, il faut donner les moyens aux enfants de découvrir, de tester, et de se tromper bien sûr. Mais en même temps, ne pas forcer l'autonomisation sous prétexte que la petite tête deviendra plus vite grosse avec le grand avantage de permettre de se débrouiller tout seul très vite. Soyons simplement là quand l'enfant en a besoin, et mettons entre ses mains des objets à sa hauteur et sans danger pour lui. Un matin, j'ai emmené deux de mes enfants se promener dans la forêt. Avant d'y parvenir, nous avons tous les trois traversé des herbes hautes (assez hautes pour qu'elles dépassent leur tête). Je me suis recroquevillé pour marcher à leur côté avec ma tête à la hauteur des leurs. C'est plus facile de voir où on pose les pieds et on dicerne bien mieux les petites bêtes qu'on bouscule. Il est vrai aussi que ça fatigue un peu plus vite... l'adulte. Ce même jour, nous avons eu l'immense privilège de voir tomber un arbre de grande taille, dans la forêt en question. Nous étions en train d'observer ses racines qui sortaient un peu de terre, quand nous avons constaté ensemble que des petits bouts de terre bougeait un peu autour des racines. Sur le moment, nous pensions qu'il s'agissait de petites bêtes qui étaient responsables de ces mouvements. Mais on ne voyait aucune bête. Et nous avons alors commencé à entendre des petits craquements pendant que des morceaux de terre se détachaient des racines. J'ai compris d'un seul coup ce qui se passait et j'ai crié en tirant mes enfants en arrière par les bras. "L'arbre tombe !" Nous avons regardé l'arbre se déraciner sous nos yeux, tombant en faisant un bruit de plus en plus fort jusqu'à ce qu'il s'arrête, bloqué à mi parcours par les branches d'un autre arbre. Nous avons eu réellement très peur tous les trois. Il faut dire que ce type de spectacle n'arrive pas tous les jours ! On s'est assis tous les trois à côté de l'arbre en question et on a discuté. Discuté de nos peurs, évidement. Pas question de dire "Aucune raison d'avoir peur, vous voyez, on ne risque rien". Se mettre à la hauteur de ses enfants, c'est savoir les rassurer quand ils en ont besoin, mais c'est aussi leur montrer que nous ne sommes pas des surhommes...

Le temps passe si vite...

Se mettre à hauteur, c'est aussi savoir être patient. Il faut parfois pas mal de temps pour expliquer certaines choses ou pour que l'acquis se fasse. Apprendre à lacer ses chaussures ou à laver une table sans laisser une seule trace ne se fait pas forcément en une journée. Comprendre une équation mathématique n'est pas toujours évident. Il faut laisser le temps aux enfants d'apprendre, chacun à son rythme. Il ne s'agit pas toujours d'une chose aisée à accomplir, surtout à notre époque où tout doit être torché en un minimum de temps. Qu'il serait agréable de pouvoir transmettre le savoir à nos enfants sans les pousser comme nos patrons nous poussent... Si l'activité confiée prend du temps mais qu'elle ne requiert pas notre attention en continu, pourquoi ne pas rester à côté en faisant autre chose ? Cela m'arrive parfois, je prend alors un livre ou j'écris. Et si on me questionne, j'arrête ce que je fais et je répond. Même chose pour notre petite dernière, quand on l'assoit sur le tapis avec quelques "jouets" à côté. On la laisse découvrir seule ce qu'elle peut faire d'elle-même, et on intervient uniquement si elle se trouve dans une posture dont elle ne peut sortir toute seule. Se mettre à hauteur, c'est aussi ne pas assister de façon trop systématique ceux qui semblent en avoir besoin. Et être présent quand ils en ont vraiment besoin.

Bibliographie

Quand mon bébé me parle - Stephan Valentin - Ed. Jouvence
Le quotidien avec mon enfant - Jeannette Toulemonde - Ed. L'instant présent
Elever nos enfants avec bienveillance - Marshall B. Rosenberg - Ed. Jouvence
Elever son enfant autrement - Catherine Dumonteil-Kremer - Ed. La plage
L'enfant - Maria Montessori - Ed. Desclée de Brouwer
Me débrouiller, oui, mais pas tout seul (du bon usage de l'autonomie) - Etty Buzyn - Ed. Albin Michel
Parler pour que les enfants écoutent, écouter pour que les enfants parlent - Adele Faber et Elaine Mazlish - Ed. Relations plus
Parler aux ados pour qu'ils écoutent, les écouter pour qu'ils parlent - Adele Faber et Elaine Mazlish - Ed. Relations plus
L'adolescence autrement - Catherine Dumonteil-Kremer - Ed. Jouvence
Jalousies et rivalités entre frères et soeurs - Adele Faber et Elaine Mazlish - Ed. Stock
Papa, Maman, écoutez-moi vraiment (pour comprendre les différents langages de l'enfant) - Jacques Salomé - Ed. Albin Michel
Le concept du continuum (à la recherche du bonheur perdu) - Jean Liedloff - Ed. Ambre