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Dernière mise à jour : 08/06/2014

Présentation

Un Reamp (ou Re-Amp) est un circuit qui "transforme" une sortie ligne basse impédance (Lo-Z) en une sortie instrument haute impédance (Hi-Z ou INST). L'entrée peut être symétrique ou asymétrique, la sortie est asymétrique. Ce type de montage ne nécessite aucune alimentation et cela est heureux, car demain sera peut-être ferié.


Petits rappels...

A quelle occasion peut-on (ou doit-on) se servir d'une boîte de reamp ? La question est ouverte et suscite rage et passion dans les rangs, comme à chaque fois qu'on touche le domaine sensible de l'oreille. L'idée, à la base, est de pouvoir raccorder une sortie ligne basse impédance (sortie d'une interface audio par exemple) sur une entrée de type haute impédance telle que celle d'un ampli guitare ou d'une pédale d'effet. Le signal qu'on fait passer sur cette liaison peut être un enregistrement de guitare effectué en "clair" (clean), c'est-à-dire sans effet, avec un objectif simple : profiter du son d'un ampli ou d'un effet externe après la séance d'enregistrement, quand le son clair de la guitare ou les plugins ne répondent pas aux besoins artistiques des musiciens et/ou techniciens du son.

Bien sûr, on peut raccorder directement une sortie ligne sur l'entrée d'un ampli guitare, le son passe souvent "très bien". On ne manque pas de niveau, le rapport d'impédance est dans le bon sens, à la rigueur pourrions-nous juste critiquer la liaison qui d'office est en asymétrique. On peut également ajouter un simple potentiomètre de 22 kO à 100 kO en série dans la liaison (et donc non raccordé en potentiomètre de volume), pour faire croire à l'ampli que la sortie à laquelle son entrée est raccordée est de type haute impédance, comme le serait une sortie de guitare passive. Mais vous savez comme moi qu'une sortie guitare passive est celle d'un microphone dont la caractéristique principale est d'être fortement inductive (le micro est une bobine de fil). On ne peut donc espérer obtenir un son "style guitare" simplement en ajoutant un potentiomètre qui est principalement résistif. 

Alors, pourquoi ne pas utiliser un transformateur BF ? Lui aussi présente une caractéristique inductive forte, et il permet en plus d'isoler la liaison d'un point de vue purement électrique, ce qui ne peut pas faire de mal car cela fait une boucle de masse potentielle en moins, avec moins de ronflette (hum) à la clé. Si la plupart des boîtes de reamp possèdent un transfo BF, c'est probablement pour ces deux dernières raisons. Notons qu'une isolation galvanique n'est pas impérative, c'est juste une précaution, utile quand l'installation change et qu'on n'a pas le temps (*) de regarder comment sont raccordées les masses et les terres des différents équipements mis à contribution.

(*) Comment ça, "pas le temps" ?


Avertissement

Pour appuyer le message qui précède, j'insiste bien sur le fait qu'un boîtier de reamp n'est pas indispensable pour relier la sortie basse impédance d'une interface audio ou d'une console de mixage à l'entrée haute impédance d'un ampli de guitare. L'ajout d'un boîtier de reamp (dans le cas présent avec un transformateur audio) s'avère nécessaire uniquement si vous rencontrez un problème de boucle de masse (qui produit un fort ronflement), ou si vous voulez apporter une certaine "couleur" au son d'origine (qui a déjà été enregistré).

Schéma

Dans l'esprit, un boîtier de reamp fait l'inverse d'une DI passive, ce qui explique en partie le schéma suivant :


reamp_001

Il faut toutefois noter une petite différence entre la boîte de direct (DI) passive et le boîtier de reamp (passif lui aussi) : la boîte de direct accepte un signal BF de type "instrument" sur son entrée Jack (dont l'amplitude est généralement de quelques dizaines à quelques centaines de mV), et ressort un signal BF de type "microphone" sur la sortie XLR (niveau généralement atténué dans un rapport compris entre 20 dB et 40 dB). 

Un boîter de reamp quant à lui reçoit sur son entrée XLR un signal de niveau ligne (quelques centaines de mV à quelques volts max, le plus souvent en symétrique) et la sortie jack restitue un signal d'amplitude identique ou plus faible (par exemple 20 dB en dessous).


di_reamp_syno_001

Une DI passive simple (qui ne comporte en tout et pour tout qu'un seul petit transfo BF) peut servir de reamp si on la branche "à l'envers" : la sortie XLR devient alors une entrée ligne et l'entrée jack devient une sortie. Mais il faut dans ce cas faire attention de ne pas saturer le transfo, on peut insérer si besoin un atténuateur de 20 dB ou plus entre la sortie ligne qui délivre le signal audio et la prise XLR de la DI. 

A ce sujet, rien n'interdit de se construire un boîtier multi-fonctions "DI/Reamp" qui avec un même transformateur BF peut jouer le rôle d'une DI ou d'un reamp, le choix pouvant être assuré par un inverseur mécanique s'il y a besoin de mettre en service des composants qui ne sont utiles que dans une seule des deux fonctions.


Analyse du schéma

A la base, un simple transformateur BF suffit, en plus des deux connecteurs XLR d'entrée et jack de sortie. Mais comme il est simple de compliquer les choses, on ne s'en prive pas. 

Premièrement, le schéma montre deux XLR en entrée et non pas une seule. Pourquoi ? Sur un boîtier de direct, on trouve souvent une sortie jack "Link" directement reliée en parallèle sur l'entrée jack "instrument". Alors pourquoi ne pas faire pareil sur une boîte de reamp ? Notez que la première XLR est de type femelle et que la seconde est de type mâle. Après tout, rien ne dit que vous n'aurez pas envie de reprendre le signal à "réamper" pour le réinjecter dans une autre machine... Si pas besoin de cette fonction de luxe, une seule XLR suffit.

Le réseau RC série Rx + Cx permet de réduire la suroscillation qui se produit dans une zone bien précise de la bande passante du transfo (souvent dans les hautes fréquences) et qui est liée au fait que le transfo n'est pas purement résistif mais possède une composante inductive. Ce type de défaut est parfaitement visible à l'oscilloscope sur des signaux à fronts raides (signal carré par exemple) et audible si la "bosse" se trouve dans la bande audio. On ne peut pas donner de valeur exacte à ces deux composants, car ils dépendent du type de transformateur utilisé et des conditions d'utilisation. En effet, la fréquence de résonnance du transfo se déplace en fonction de l'impédance des appareils connectés au primaire et au secondaire du transfo, il faut donc expérimenter et faire soi-même des tests avec différentes valeurs de composants. Heureusement, les fabricants des transfos BF donnent parfois des valeurs de base qui permettent de partir du bon pied, il ne faut pas hésiter à consulter les schémas qu'ils donnent en exemple (Jensen préconise par exemple le couple 47 kO + 330 pF pour son transformateur JT-DB-E). Pour plus d'infos, vous pouvez aussi faire une recherche avec les mots-clé "Zobel network audio transformer".

Le potentiomètre RV1 permet de prélever une plus ou moins grande partie du signal BF délivré en sortie du secondaire du transformateur BF. Sa valeur n'est pas spécialement critique, mais comme ce potentiomètre constitue la charge principal du transfo, autant adopter une valeur "adaptée". Là, on trouve de tout dans les schémas disséminés sur la toile, de 1 kO à 100 kO... 

Le potentiomètre RV2 peut aussi être sujet à discussion, il est censé "montrer" une haute impédance de sortie à l'équipement qui suit (ampli guitare ou pédale d'effet). Sa valeur peut être aussi basse que 22 kO, mais dans ce cas la plage de manoeuvre est "étroite" et les effets de ce potentiomètre ne se feront pas très bien sentir si l'équipement qui suit possède une impédance d'entrée vraiment élevée (supérieure à 500 kO). Pour bien faire, on peut plutôt utiliser ici un potentiomètre de 100 kO ou 220 kO. Là encore il faut tester, certaines pédales d'effet ont une "haute" impédance d'entrée de "seulement" 100 kO. Vous ne savez pas quoi prendre ? Alors essayez donc un 100 kO.


Choix du transformateur BF

Si on regarde les schémas de reamp qui traînent à gauche et à droite, on retrouve souvent les mêmes références. C'est un peu normal, car les "vrais concepteurs" sont peu nombreux et on préfère souvent faire confiance à ceux qui ont passé du temps pour les tests d'écoutes ;-). Voici vite fait quelques références de transformateurs glanées ça et là :

On peut aussi, bien sûr, essayer des transfos de récupération dont on ne connait pas les caractéristiques techniques... cela évite parfois certains préjugés. C'est ce que j'ai fait, et pas seulement pour vous embêter. Le transformateur devrait normalement posséder un rapport de 1:5 ou 1:10, cela semble satisfaire la majorité des utilisateurs. Mais certaines personnes qui ont testé des transformateurs de rapport 1:1 disent en être satisfaites (j'ai un ami technicien du son qui a fabriqué une reamp sur la base d'un transformateur DS2206 de rapport 1:1 et il en est très content). 

Les impédances d'entrée/sortie conseillées par les fabricants de transfo pourront être respectées ou non. Vous pouvez très bien mettre un potentiomètre de 100 kO sur le secondaire d'un transfo BF dont la charge "idéale" serait de 22 kO. A la limite, rien ne vous empêche d'ajouter une résistance de plus faible valeur en parallèle sur le secondaire (en plus du potentiomètre de réglage de niveau), juste pour voir ce que ça donne. 

Notez que certains transfos (comme les Jensen) possèdent des fils en plus de ceux qui correspondent aux enroulements primaire(s) et secondaire(s). Il s'agit la plupart du temps de liaison vers des écrans (blindages) internes ou externes dont le matériau peut être du mu-métal (bien plus efficace pour contrer les champs électromagnétiques externes). Ces fils additionnels peuvent être laissés en l'air, mais s'ils sont présents c'est qu'ils peuvent améliorer les choses, alors autant suivre les instructions de câblage données par le fabricant.


Entrée asymétrique possible ?

L'entrée de la boîte de reamp se fait sur l'enroulement d'un transformateur BF via une prise XLR qui d'ordinaire convient pour une liaison symétrique. Mais on peut aussi raccorder cette entrée sur une sortie ligne asymétrique, il suffit pour cela de raccorder la broche 3 de la XLR à la masse pour fermer la boucle du primaire. Notez que dans tous les cas vous devez utiliser des jacks isolés du chassis métallique, la masse de ces connecteurs n'étant pas relié à la masse mécanique (l'endroit où l'on fixe le jack sur le boîtier - avec son écrou - doit être en plastique).


Prototype

Réalisé en l'air, sans parachute.


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Histoire de me faire bien voir, je n'ai testé aucun des transfo BF listés ci-avant. Que voulez-vous... j'en avais d'autres de marque inconnue, et il m'a semblé bon de les sortir du carton. Et bien entendu, j'ai testé celui qui portait une indication "N: 1/1" parce que cela me démangeait. Après tout, me suis-je dit, le transfo est estampillé Ze 200 ohms et Zs 22 kO. Et puis bien sûr, je n'ai câblé qu'une seule XLR sur le proto puisque j'en ai mis deux sur le schéma. Et pour finir, pas de réseau RC d'amortissement au secondaire, je voulais voir ce que ça donnait comme ça en terme de bande passante. Casse-pied le bonhomme, hein ?


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Résultat des courses : bande passante (à -3 dB) de 10 Hz à 75 kHz (heu... oui, j'ai bien vérifié), avec une très belle bosse à 57 kHz (presque +6 dB). Ce que ça donne à l'écoute ? Ca, je n'en sais rien, car si j'ai encore un ampli de guitare, je n'ai plus de guitare.

Circuit imprimé

Pas vraiment besoin d'un circuit imprimé pour ce genre de montage, à moins d'utiliser un transfo BF prévu pour montage sur CI. Et encore, voir proto réalisé... Bon d'accord, c'est moins facile à fixer comme ça dans un boîtier.


Historique

08/06/2014
- Première mise à disposition.